• LA NUIT INQUIETE











      LA NUIT INQUIETE
     



           


    " LA NUIT INQUIETE "

    HUILE SUR TOILE

    DETAIL

    Collection libre

    D.V.V. / Mandragaure


           












    Je m’écris ?…

    Me lis me relis ?…

    Encore me relis et m'écris toujours …

    Tant de lignes s’impriment à la tombée du jour …








    Noires sur blanc les lettres …

    Blanche sur noir la nuit …








     

    Que j’en reste muette …

    Ni étonnée ni émerveillée …

    Médusée …

    Perplexe …

    Inquiète …

    Mon âme … 

    Pourrais-tu m'en délivrer ?...








     

    Cette peur larvée ...

    Cachée là …

    Je la vois …








     

    Pas de mots ?

    Pas de mots …

    Je n’ai pas de mots …

    Aucun mot …

    Plus de mots …

    D’autres mots...

    Mais quels mots ?...

    Juste un mot ?...

    Que de mots !...  

    Tous ces mots ...

    Tous les mots ...

    Rien que mes mots ... 

    Trop de mots ... 

    Trop de maux ?…








    Reste le silence …

    Il bat la cadence …

    Habite l'absence …

    Se transforme en écho … 








    L’écho de ma voix …

    Ou de sa résonnance …

    Des battements à outrance ...

    Ce mal en patience …

    D’espérance …

    De confiance …

    Il n’y a pas d’alliance … 

    Tu es seule je crois …








    Par extrême prudence …

    Alibi de circonstance …

    Dans le flot des souvenances …

    Il est de convenance parfois ...








    Oscillent  à l'unisson …

    En harmonies et accords ...

    J’entends crier mon prénom…

    Mais qui donc parlerait de moi ?…








    Me viennent des musiques …

    Sonorités  magnifiques ! 

    Mais si tristes, si nostalgiques ... 

    Un peu tragique ... 

    C'est toi ... 

    Mon âme dis moi c’est toi ?...

    Mais quel toi ?...

    Quel Toi ?...

    L’autre de moi ?

    Je n’en connais pas tu vois …

    Je suis seule dans l’habitacle …

    Mon voyage est une ascèse …

    Je rêve oui j’imagine …

    Mais personne  n’est là jamais pour moi …








    Depuis le temps que je le sais cela  …

    Pas de connivence ...

    Pas de confidences ...

    Pas de rayonnances ...

    Pas d'autre que moi ...








    Des mots pour me dire ?...

    Mais quels mots vont me dire ?...

    Soliloque sans retour …

    Face à face à ma seule glace …

    Dans mon miroir l’image s’efface …

    Je n’y suis même plus présente à ses reflets …

    Quoi me dire ?

    Tout me dire ?

    Pour ne rien dire …

    Ou pour tant  dire …

    Et le miroir reste muet …

    Il réfléchit  mais ne m’écoute jamais ... 

    Aucune réponse ne vient …

    Il n’est même pas mon voisin …

    Pas même une présence ...

    Ni même un souffle ne disant rien ...








    Au cœur de cette nuit noire …

    Mon âme vogue aux désespoirs

    Le sommeil me refuse …

    Mon lit me désabuse …

    Je n’ai rien à faire là …








    Mes pas dans l’escalier …

    L’insomnie une fois de plus …

    De ma folle tête s’est emparée …

    Je renonce à me reposer …

    Les marches craquent sous mes pieds …

    Je redescends …

    Incapable même de rêver …








    Et j'y reviens à mes lignes …

    Encore je vais tracer des signes ...

    Et chercher un chemin …

    Pour ne dire …

    Mais quoi me dire …

    Quoi que je ne sache déjà ?

    J’ai tout dis et tant de fois …

    Ce sera pour ne dire pas …








    Tout est écrit en peu de mots…

    Mais  quels mots!

    Tous ces mots...

    Qui ne se traduisent je crois ....








    Mais qu'est ce donc que je fais là ?

    De ce tout qui ne se dit donc pas? ... 

    Tant de verbes me taraudent …

    Terrés au fond de ma mémoire …

    Je les écris rien que pour moi...

    Mais où es tu mon âme ...

    Et à qui je parle ?

    Aurais-tu quitté le pont ce soir ?

    Aurais-tu déserté le navire ?

    Aurais-tu si peur du noir ?

    Aurais-tu crainte du naufrage ?

    De me voir échouer sur la page …

    Rescapée d’un impossible sommeil …

    Une nouvelle fois …








    La nuit déserte se moque de moi …

    Car comment pourraient-ils s'en aller au-delà ?... 

    Mes mots … 

    Et qui atteindre ?...

    De tant de longues lunes pour personne je ne suis moi …








    Mais pourquoi ? 

    Pas le droit ? 

    Mes lignes sont des labyrinthes ... 

    Elles m’enivrent comme l’absinthe …

    La tête me tourne …

    Je cherche l’issue …

    Tous les chemins sont des leurres …

    Il n’y a pas de bonheur …

    Je l’ai toujours su …







    Je n'ai rien dit …

    Je n'ai rien écris …

    La nuit redevient claire …

    L’horloge a fait le tour …

    L’horizon désespère …

    De reconquérir le jour …








    Dans la rue d’à côté …

    J’entends sonner l’heure au clocher …

    La nuit n’est pas encore terminée …








    Je n'ai pas de paroles face au silence ...

    Il reste imprimé d’évidence,

    Transcrit de ma main,

    La plume au poing …

    Brandie comme un fer de lance …

    Ouvragée d’interrogations …








    Qu'en sera-t-il de moi ?

    Et de tout et de ça ?

    Je n’ai plus de force je crois …

    Et demain comme hier …

    Je battrais les pavés de l’enfer …








    Voilà les seuls mots qui me viennent … 

    « Pas de demain ... » 

    Tous mes demains? 

    Quel demain? 

    Tous semblables à ce matin ?








    Le jour déjà combat la nuit …

    Il est tôt ou tard à ces heures là c’est pareil …

    Je remonte trouver mon lit …

    Mais ne m’y endors que peu …

    Ou pas …








    Repassant en songe tous ces mots …

    Ces mots désolants …

    Ces mots se cognant …

    Dans ma boîte crânienne … 

    A moi … 

    Des vers …

    Vers moi … 

    Des vers …

    Pour moi ? …

    Qui désespère …








    Et je souris dans la nuit presque finie …

    A l'idée des notes de musique …

    Qui s'y promènent de-ci delà,

    Qui s’y inscrivent par-ci par-là,

    Pareilles à des signes furtifs,

    Fugitifs, attentifs ... 

    Semblables à des feu-follets …

    Au beau milieu d’une mosaïque …

    Entrelacées dans de graves couplets  …








    Mes rêveries encore me surprennent ...

    Je souris aux souvenirs …

    J’entrelace mes soupirs …

    Aux initiales de mes regrets …

    Presque cachés ...








    Je souris oui pour ne pas pleurer…

    C’est cela le secret …

    A en avoir les yeux brulant …

    Seule dans ce lit qui refuse de me bercer ...

    Non, bien sûr, je n'ai pas pleuré...

    Mes larmes restent endiguées,

    Elles ne peuvent que me brûler …

    Les paupières closes sur les douleurs …

    A force de leur interdire de couler...

    Toutes ces larmes pas libérées,

    Issues de chagrins anciens et de frayeurs,

    Finissent par me noyer …

    Et l’âme et le cœur …








    Mais non, non non, je n'ai pas pleuré ! …








    J’aimerais dormir …

    Ne plus me réveiller …

    Mais le sommeil  ne veut pas venir me trouver …

    Fatiguée de tant de journées …

    D'avoir trotté à la suite de mes pensées …

    Le repos pourtant m’a oubliée …








    Car rien n'y fait … 

    Tant qu'alors rien n'y fît … 

    Je me concentre mais la relâche me fuit ...

    J'ai essayé, j’essaye encore …

    Je m’obstine, me retourne …

    Le monde tout autour dort …

    Encore … Sauf moi …








    Plus de mots, ils ne peuvent rien me dire …

    Rien m'apprendre que je ne sache déjà ...

    Ma  désolance se tait en milles langues …

    En milles désirs de la transcrire …

    En milles attentes de ne plus souffrir ...

    Le vocable reste muet …

    Il connait la rengaine et il sait …

    Qu’il n’est aucune peine qu’il se pourrait effacer …

    Je ne m’aime qu’un peu …

    Que si peu ...

    Juste un peu plus que presque pas … 

    Mais qui pourrait s’aimer seul dis moi ?








    Je tourne encore …

    Je tourne toujours …

    Je dors éveillée,

    Mieux vaut me lever ...

    Au loin j’entends un coq chanter …








    Il est 5h tout juste sonné …

    Et toute ma nuit y est passée ...

    Je n'ai fait que de penser …

    Penser des  mots …

    Panser des maux …

    Penser sans trêve …

    Et toujours y revenir …

    Une nouvelle nuit s’achève …

    Sur des douleurs qui ne peuvent s’enfuir …








    Je me souviens qu’il est dimanche …

    Un jour plus sombre encore ma foi … 

    Quel drôle de jour …

    Quel jour déjà ? 

    C'était le dimanche …

    Le pire de tous il me souvient je crois …








    Et tous les matins …

    Quels matins déjà ?

    Tous les matins …

    Qui ne veulent pas de moi …

    Et puis les soirs …

    Quels soirs déjà ?

    Tous les soirs …

    Qui ne veulent pas de moi …

    Et puis les nuits …

    Quelles nuits déjà ? 

    Toutes ces nuits qui ne veulent plus de moi …








    Je n’ai pu trouver le repos …

    Une encore toujours nouvelle fois …

    A moins que ce ne soit lui qui ne me trouvait pas ...

    Puisque je n’étais pas là … 

    Car de mon âme désertée …

    Mon corps ne peut se reposer …








    Je reviens m’asseoir devant la page …

    Cette page blanche, ces lignes bleues …

    Le seul endroit où je peux …

    Guider ma pensée …

    Ecouter mes douleurs …

    Libérer les verbes de tout à l’heure …

    Recevoir mon âme qui revient de sa torpeur ...

    De sa stupeur...








    Enfin les mots pareils à des fleurs …

    Viennent s'ouvrir en corolles d’infinie langueur …

    Se mettent à dire, à bondir,

    Débusquent les soupirs …

    Calfeutrés tout au fond …

    Et tout au dedans de moi …








    Ne sachant plus d'où vient le vent,

    Ni où il va,

    Ni s'il m’arrêtera ou me poussera ... 

    Le vent de ce dimanche ici-bas ... 








    Sortie entière de cette inquiète insomnie …

    Je place un silence pareil à un point infini ...

    Plus rien à dire car tout est dit …

    Car  quoi dire de plus si ce n’est qu’une fois …

    Une fois de plus je me perds dans l’émoi …








    Je pense à ce qui arrivera, m’arrivera ...

    Le sais-tu toi …

    Mon âme ? 

    Raconte le moi …

    Qui peut savoir demain ce qui nous arrivera ? ...








    Mais qu'est ce donc qui arrivera ?

    De ce qui aurait pu arriver ?

    De ce qui devrait arriver ?

    De ce qui arriverait ?

    De ce qui n'arrivera pas? 

    À ce qui n'arriverait pas ?
     

    À ce qui m'arriverait ?

    À ce qui ne m'arriverait pas ?

    À ce qui se passera ? 

    À ce qui ne se passera pas ? 

    À ce qui adviendra ? 

    À ce qui n'adviendra pas ?

    À ce qu'il adviendra de moi ...

    À ce que je ferais ?

    Ou ne ferais pas ?

    À ce que je serais ?  

    Ou ne serais pas ?

    À ce que j'aimerais qui soit ?  

    À ce que je n'aimerais pas ?

    À ce que j'aurais aimé qui soit ?

    À ce que je n'aurais pas aimé qui soit ? 

    À ce que j'aurais aimé qui soit et ne sera pas ?

    À ce qui peut-être sera?

    À ce que j'aimerais qui soit et qui n'est pas ?

    À ce qui peut-être se pourra ?

    À ce qui jamais ne se pourrait ?

    Ou jamais ne se pourra ?








    Pauvre âme tourmentée de questions …

    Et ma pensée qui tourne en rond …

    Sont ce là signes d’aliénation ?

    Ma mémoire promène un morceau de nuit …

    Un de plus ...

    Le voyage mental n’est jamais finit ?

    Ma pensée porte trop d’interrogations …

    Mais aucune réponse …

    Alors à quoi bon …








    Enfin le jour …

    La nuit a renoncé …

    De la coupole je vois le ciel bleuir et gagner …

    Une  nuit de plus n’ayant fait que de m’ignorer …

    Me refusant le répit …

    Me refusant le sursis …








    Je regarde l’horloge du clocher ...

    Les aiguilles sur le cadran ne peuvent que me narguer …

    Déjà il est temps de m’habiller …

    Et d’aller aux tâches pour la journée!








    La page toute noircie ...

    La plume si fatiguée …

    (Elle au moins pourra se reposer) …

    Tous ces mots que j’ai composés …

    Resterons là …

    J’y reviendrais ... 

    Dans la journée, dans la soirée… 








    Le matin s’est ensoleillé …

    Au dessus de ma grande maison il revient briller …

    Le silence dont il s’est emparé …

    Se remplit à présent des bruits de vie et de gaieté …

    Mais je  n’y suis jamais invitée …








    J’ai pu faire de la musique …

    Je reviens tout consigner … 

    Je ne relirais pas mes petits papiers …

    Tout est bien comme ça …

    C’est tout tel et c'est tout moi !   








    Parfois je me dis en souriant…

    Mon âme écoute … 

    Mon âme entend …

    Tu es encore plus folle que je ne le suis …

    Si possible toutefois cela est ... 








    De cette folie qui parle à la mienne …

    D'une langue pareille à la mienne …

    Car enfin mon âme tu es mienne …

    Ma seule assurance de vie ...

    Mon unique compagnie …








    Emprisonnée dans l’enceinte des doutes …

    Dévorée de toutes mes questions …

    Envahie de mes espoirs, de mes désirs … 

    Dis-moi toi qui sais …

    Apprends-moi …

    De ce cœur qui chavire ?...

    De cette vie qui bascule et s'étire ?...

    De cette mémoire qui dérive ?

    Ai-je l’espoir d’un jour m’évader ?








    Ou jamais ?...








    Ne réponds pas …

    Peut-être que je connais la réponse déjà …








    Et l’issue sera fatale ?

    Et pourquoi pas …

    Nous ne sommes rien ici-bas …

    Rien ni personne …

    Voilà l’heure au clocher qui sonne …

    Le jour reprend ses droits …


                        

    Mandragaure ...

                        


    In

    " Recueille des Ombres " - 2007

     


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